Merci à Micheline Calmy Rey
9 années qui ont changé la Suisse
On ne le sait que trop: notre pays a mal dans son rapport à l’étranger, et cela ne date pas d’aujourd’hui. A la fin des années 60, l’isolationnisme et la peur de l’étranger, la volonté de l’abaisser, étaient déjà fortes et en 1970 l’initiative Schwarzenbach qui voulait lutter contre une prétendue «surpopulation étrangère» n’a été rejetée que d’une courte majorité.
Cette tendance a fait qu’il a fallu attendre 2002 pour entrer à l’ONU, qu’en 1992 l’espace économique européen a été refusé, et que notre politique d’asile est devenue de plus en plus restrictive et bureaucratique.
Comme si on voulait occulter notre extrême dépendance : en effet, un franc sur deux est gagné avec et grâce aux autres ! On a d’autant plus mal à l’étranger qu’on se sait dépendants, peut-on dire.
En assumant durant tout son mandat de Conseillère fédérale le rôle de ministre des Affaires étrangères, Micheline Calmy Rey était directement confrontée à ce contexte.
Incarner un rôle dans le monde, le rôle de la Suisse
Micheline Calmy Rey pouvait certes se situer dans une continuité, plusieurs de ses prédécesseurs avaient d’ailleurs été également socialistes, incarnée par la devise Neutralité et solidarité issue de l’après-guerre.
Mais cela n’était pas suffisant et, durant ses 9 années de mandat, Micheline Calmy Rey a su insuffler à un Département souvent considéré, à tort, comme secondaire, une visibilité et une dynamique fortes, et donner à la Suisse une voix active et engagée.
Certes un gouvernement aussi diversifié politiquement que le Conseil fédéral ne va pas répondre à toutes nos attentes: sur le secret bancaire, sur la primauté aux droits humains sur les intérêts économiques, sur la condamnation de régimes dictatoriaux ou corrompus... tout n’est pas possible dans le rapport de forces actuel. Mais grâce à Micheline Calmy Rey , beaucoup a été possible !
Les Socialistes, attachés à des valeurs comme le refus de l’alignement sur les plus forts, la solidarité avec les peuples et leurs droits, l’aide au développement et la primauté des droits humains, n‘ont pu que se féliciter de l’action de leur conseillère fédérale.
Ce qu’a accompli Micheline Calmy Rey en 9 ans est remarquable :
- Prises de position claires et responsables, comme la reconnaissance de l’indépendance du Kossovo.
- Mise en valeur de la coopération au développement en associant plus fortement cette action à la politique étrangère suisse en général.
- Poursuite et illustration de la politique des bons offices (négociations entre Turquie et Arménie, Russie et Géorgie).
- Volonté d’affirmer des principes (contre la guerre en Irak, par exemple) et promotion d’une prise de parole forte : la neutralité n’est pas passive, ne rien dire, mais active, c’est-à-dire affirmer des exigences, des valeurs universelles.
- Volonté de rester une voix qui compte dans le monde, notamment en développant nos relations avec les pays émergents .
- Affirmation claire de l’universalité comme principe, sans occulter pour autant nos relations européennes; Micheline a été critiquée sur son prétendu manque d’engagement pro-européen, mais il faut bien admettre que ce dossier étant politiquement plombé, cela n’aurait pas servi à grand chose de s’obstiner à le soulever toute seule... alors qu’il y avait tant d’autres choses à faire.
- Promotion féminine dans le corps diplomatique, par nature toujours très traditionnaliste...
- De manière générale une attitude didactique et une disponibilité constante à exposer, illustrer, expliquer, rencontrer chaque personne, du chef d’une grande puissance au simple citoyen, pour faire passer le message de notre position, de notre politique.
Sur le plan plus personnel, on ajoutera les engagements de Micheline Calmy Rey en faveur d’une solution de la coexistence entre deux Etats en Palestine (initiative de Genève), ou dans le Global Sustainability Panel mis sur pied par le secrétaire général des Nations Unies pour contribuer à la conférence Rio + 20 de ce mois de juin. Engagements qui vont porter notre camarade au-delà de son mandat fédéral.
Micheline Calmy Rey, un engagement qui change la Suisse
Avoir pu piloter notre représentation internationale, présider aux affaires étrangères a ainsi permis, grâce à Micheline Calmy Rey, de renforcer et de clarifier le rôle de notre pays sur la scène internationale, et de lui donner une tonalité proche de ces valeurs auxquelles nous tenons.
Et ce faisant, non seulement la Suisse a donné dans le monde moult coups de pouce dans la bonne direction, mais elle a travaillé à son identité.
Contrairement aux Etats qui nous entourent et qui ont été conçus autour d’un peuple majoritalre (France, Italie, Allemagne, Espagne...) et donc sur une base ethnique (avec les problèmes qui en résultent quand l’ethnie majoritaire n’arrive pas à donner leur place aux minorités), notre pays est fondé sur une volonté politique.
C’est ce qu’on appelle un «Etat de volonté»: son identité n’est pas ethnique mais politique, elle tient sur des valeurs et des projets partagés . Quand certaines forces, en premier lieu l’UDC, cherchent à définir cette identité en fonction d’un programme isolationniste et xénophobe, tout en ayant des leaders agissant sur le marché mondial qu’ils souhaitent le moins réglementé possible..., elles veulent imposer une vision tronquée, caricaturale de la Suisse.
Certes comme tout pays, la Suisse doit faire de bonnes affaires. Mais faire de bonnes affaires, ce n’est pas les faire n’importe comment. Nous ne sommes pas d’accord qu’on se remplisse les caisses en vendant des armes ou en important des biens produits en pillant les ressources naturelles ou les êtres humains. Nous ne sommes pas d’accord de fermer les yeux sur les dictatures et les dictateurs. Et en affirmant cela, nous affirmons que c’est cela, la vraie identité suisse .
Notre vraie identité est de promouvoir les valeurs humanistes, de faire respecter les droits économiques, sociaux et humains, d’aller vers un développement durable. La Suisse a une vocation autre que de dire Non ou d’être un péage sur un col. La Suisse que nous voulons s’engage pour la résolution pacifique des conflits, l’aide au développement, la réussite du projet politique européen, une gouvernance mondiale sous l’égide des Nations Unies.
Oui, la Suisse est un Etat de volonté, qui sait faire coexister des cultures différentes, qui ne courbe pas l’échine devant les grands de ce monde, qui a un message, des valeurs à promouvoir, une action humaniste à mener . La Croix Rouge n’a pas été créée pour rien en Suisse! Mini-Europe au cœur de l’Europe, il est temps de comprendre qui nous sommes !
On le voit, les Affaires étrangères sont loin d’être un département secondaire. Merci Micheline d’avoir su si bien incarner, et d’incarner encore, ces valeurs à l’extérieur et à l’intérieur du pays. Par le rapport à l’étranger, c’est notre identité qui se définit.
René LONGET
Président du PSG







Social media
Flux RSS
Twitter