Nous vivons une période d’attaques tous azimuts et à large échelle sur les droits et les avancées sociales. Les partis de droite et celles et ceux dont ils défendent les intérêts tentent d’imposer leurs revendications. Pour mieux diviser le bloc populaire, ils ont trouvé des cibles toutes désignées pour incarner tous les maux. Pour eux, le problème ne vient pas de celles et ceux qui accumulent les privilèges et qui privent pour cela la majorité de la population d’un service public de qualité, d’assurances sociales capables de répondre au besoin, mais les musulman-es, les bénéficiaires de rentes – toujours présentés comme des abuseurs en puissance qu’ils et elles soient retraité-es ou handicapé-es –, des femmes qui ne se contentent pas de ce qu’elles ont et des personnes LGBTIQ+ qui ont l’outrecuidance de ne plus vouloir se cacher.
La 5ème édition de notre université d’été est venue nous donner les moyens de résister et nous rappeler l’importance de défendre toutes les personnes minorisées et discriminées, par solidarité, pour la justice sociale, mais aussi parce que l’autre, c’est toujours in fine nous.
Cette journée, riche en réflexions et échange, a atteint son but. Elle nous a permis de nous former et de mieux nous armer pour que la lutte contre les discriminations ne soit pas un slogan, mais un combat politique. Nous avons aussi pu mener une autocritique nécessaire pour un parti engagé dans la lutte politique. Merci à toutes celles et ceux qui ont participé à cette journée pour leur engagement et leurs apports. Pour celles et ceux qui n’ont pu venir, vous trouvez ici, rapidement résumé, ce qui a fait le cœur de cette journée.
Meriam Mastour, juriste et consultante sur les questions de racisme et d’inégalité, a d’abord rappelé que l’islamophobie est bien un racisme socialement construit. Elle a décrit comment les politiques menées par la droite, couplées au flou de la loi sur la laïcité genevoise, excluent les musulmanes des lieux de loisirs, du travail et de la scène politique, menaçant in fine les droits de toutes et tous. Elle a recommandé au PS genevois de développer une réelle politique de lutte contre ce racisme spécifique, d’améliorer les processus permettant de mieux défendre ses membres exposés, et de requestionner la position du PS genevois vis-à-vis de la loi sur la laïcité genevoise.
Cornelia Hummel, professeure de sociologie à l’UNIGE, a ensuite montré comment, depuis le XXe siècle, démographes, médecins et responsables politiques ont construit les personnes âgées comme un poids, une charge pour la société, tout en gommant artificiellement les différences de classe sociale face au vieillissement. Son analyse suggère que si la gauche a été et reste à l’avant-garde pour l’obtention et la défense de la retraite, elle n’a en revanche pas suffisamment investi les autres aspects du vieillissement. Elle a enfin invité l’audience à questionner la notion d’autonomie comme but ultime du bon vieillissement, en pointant les fondements capitalistes, technosolutionnistes et classistes de ce concept.
Caroline Hess-Klein, co-directrice d’Inclusion Handicap, a poursuivi en illustrant, à travers des exemples concrets de jurisprudence, comment, malgré l’adhésion de la Suisse à la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), les droits des personnes handicapées restent extrêmement difficiles à faire valoir devant les tribunaux. Elle a également montré comment le système fédéral produit des politiques de prise en charge hétérogènes. Les modèles tessinois et valaisan ont été présentés pour rappeler que la lutte contre les discriminations envers les personnes handicapées peut s’émanciper du modèle ségrégatif encore en vigueur à Genève.
Enfin, les trois ateliers animés par Camille Bajeux (Fondation pour l’égalité de genre), Delphine Roux (Fédération genevoise des associations LGBTIQ+) et Daphné Villet (Parti socialiste genevois et ex-co-directrice de la Pride genevoise) ont permis de mieux faire comprendre la nature des discriminations envers les femmes et les personnes LGBTIQ+, tout en fournissant des outils concrets pour lutter politiquement contre ces injustices.
Cette journée a souligné la nécessité de poursuivre une approche intersectionnelle et maintenir un engagement ferme, voire l’augmenter, pour que la lutte contre toutes les discriminations continue à être portée largement par notre parti, nos élu-es et nos militant-es.
Francesca Cauvin, Christian Dandrès, Halima Delimi, Ludovic Iberg, Davy-Kim Lascombes Trinh, Gaspard Piguet et Sylvain Thévoz, groupe d’organisation de l’université d’été