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Les milieux immobiliers n’en ont jamais assez!

Caroline Renold
Députée — Avocate et juriste à l'ASLOCA

Les milieux immobiliers reviennent sans cesse à la charge pour démanteler la protection des locataires. C’est que leur appétit spéculatif est sans fond.

Le 27 septembre, la population a refusé à 63,5 % leur tentative d’affaiblir la LDTR sous couvert d’«acquisition par le locataire en place». Le 29 novembre, nous voterons sur une nouvelle attaque contre le logement abordable: le déclassement de Seymaz-Sud en zone ordinaire, pour que les constructions échappent au contrôle des prix et des loyers.

Et déjà, nous devons lancer le prochain référendum.

Lors de la session du 29 octobre, la droite immobilière (PLR, LC, UDC, MCG) a adopté une loi (PL 13694) qui réduira le nombre d’HBM (habitations bon marché) construits en zone de développement et dans le PAV. On passera de planchers (16,5 % en zone de développement et 24 % sur les terrains publics du PAV) à un plafond uniforme de 16,5%, sans plancher!

Alors que 56 % de la population n’a pas les moyens de se loger sur le marché (prétendument) libre du logement[1], alors que les milieux immobiliers trouvent toujours de nouveaux motifs de résiliation (congés-rénovations, congés-vente, congé-économiques, congé-pour-besoins-propres, etc.), la droite immobilière pense qu’il faut taper sur ceux qui ont le plus de mal à se loger aux prix stratosphériques du marché. Elle a même la malhonnêteté d’intituler sa loi «Pour plus de mixité sociale»!

La population a déjà voté à deux reprises (en 2018 et en 2024), sur les types et proportions de logements à construire dans le PAV pour répondre aux besoins de toute la population. Mais le PAV attise les convoitises les plus folles, et les milieux immobiliers reviennent à la charge. Le but est de réduire le nombre d’HBM, moins rentables pour eux, afin de maximiser les gains spéculatifs privés sur ces terrains publics.

Durant le reste de la session, les attaques contre le logement n’ont pas cessé de pleuvoir.

La droite, main dans la main avec le lobby Suissenégoce, propose de cesser la publication des transactions immobilières dans la FAO (PL 13711), au prétexte de lutter contre les cambriolages. Véridique : l’exposé des motifs affirme que des cambrioleurs pourraient utiliser la FAO pour identifier leurs victimes ! C’est un grave problème de transparence, qui entrave aussi la lutte contre le blanchiment d’argent. Pour les locataires, c’est très dangereux : sans les prix de vente, impossible de contester efficacement un loyer initial ou une hausse de loyer. Le débat a été ajourné jusqu’à la prochaine plénière du Grand Conseil pour examiner les amendements proposés par le groupe socialiste.

Le Grand Conseil a par ailleurs froidement refusé mon projet de loi visant à réglementer le courtage immobilier (PL 13732). Pourtant, locataires comme futurs acquéreurs sont régulièrement victimes des pratiques sauvages d’intermédiaires qui profitent de la vulnérabilité de celles et ceux qui cherchent un logement. La droite parlementaire n’en a que faire, elle refuse toute réglementation qui entraverait l’action des milieux immobiliers.

Session après session, la droite immobilière fait passer les profits de quelques-uns avant le droit au logement de toutes et tous. À chaque fois, c’est avec les mobilisations, comme à Carl-Vogt, et dans les urnes que nous l’avons arrêtée et c’est ce que nous continuerons à faire!


[1] Selon Wuest-Partners, Immo 2024