C’était un 14 juin. Un dimanche de votation. Un dimanche de Grève féministe. Un dimanche ensoleillé, un dimanche sous la loupe.
Quatre objets dans les urnes et un message clair : la population a refusé de céder au repli et à la division. En rejetant l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions », elle rappelle que les défis du logement, du pouvoir d’achat ou des infrastructures ne se résolvent pas en opposant les personnes les unes aux autres, mais par des politiques publiques ambitieuses et une meilleure répartition des richesses.
Dans les rues de Genève, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont participé à la Grève féministe. Dans une ambiance à la fois festive, déterminée et largement familiale, la population a porté des revendications en faveur de l’égalité, de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et de la justice sociale. Cette mobilisation massive a démontré, une nouvelle fois, la vitalité de l’engagement citoyen et la force des mouvements sociaux qui font vivre notre démocratie.
C’est précisément parce que l’essentiel de cette mobilisation s’est déroulé dans le calme que les événements survenus plus tard dans la soirée suscitent aujourd’hui une vive émotion et de légitimes interrogations. Des centaines de personnes ont été retenues durant de longues heures aux abords du parc Mon Repos, certaines jusqu’au petit matin, alors même que beaucoup n’étaient ni impliquées dans des violences ni soupçonnées d’avoir commis une infraction.
Les mesures prises dimanche soir nous rappellent que la confiance dans les institutions ne repose pas uniquement sur leur capacité à assurer la sécurité, mais aussi sur leur capacité à agir de manière proportionnée, compréhensible et conforme aux principes de l’État de droit. C’est cette exigence qui permet à la fois de protéger l’ordre public et de préserver les libertés qui fondent notre démocratie.
C’est dans ces moments que se mesure la solidité de notre démocratie. Être attaché aux libertés publiques n’implique pas de renoncer à la sécurité ; être soucieux de la sécurité ne saurait conduire à banaliser les atteintes aux libertés fondamentales.
Ces événements appellent donc des explications claires et un examen rigoureux des décisions prises. La confiance dans les institutions repose aussi sur leur capacité à rendre des comptes lorsque des mesures affectant de manière significative les libertés individuelles sont prises.
Notre responsabilité collective est de préserver cet équilibre exigeant, condition indispensable d’un espace public à la fois sûr, ouvert et démocratique.