La neutralité est l’un des piliers de la politique étrangère suisse. Elle est largement soutenue par la population car elle a permis à notre pays de préserver son indépendance, de jouer un rôle de médiateur et de défendre le droit international. Mais l’initiative dite « sur la neutralité » ne protège pas cette tradition. Elle la dénature en transformant un principe de politique extérieure en un carcan constitutionnel qui affaiblirait durablement la Suisse.
Le coeur du problème réside dans l’interdiction qui serait faite à la Suisse d’adopter des sanctions économiques autonomes contre un État qui viole gravement le droit international, sauf si elles sont décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Or, lorsqu’un membre permanent de ce Conseil est lui-même l’agresseur, comme la Russie en Ukraine, ou les États-Unis en Iran, son droit de veto rend toute décision impossible. En pratique, cette initiative aurait empêché la Suisse de reprendre les sanctions européennes contre la Russie en 2022 et contraindrait demain notre pays à rester passif face à d’autres violations graves du droit international.
Contrairement à ce que prétendent certain- es partisan-es du texte, le rejet de cette initiative ne remet nullement en cause la neutralité militaire de la Suisse. Une éventuelle adhésion à l’OTAN nécessiterait de toute façon une décision politique et un vote populaire. Ce scrutin ne porte donc pas sur l’appartenance à une alliance militaire, mais sur la capacité de notre pays à agir de manière responsable face aux crimes de guerre, aux dictatures et aux violations les plus graves du droit international.
La Suisse doit rester neutre dans les conflits armés, mais elle ne doit jamais devenir neutre face à l’injustice. Le 27 septembre, refusons une initiative qui affaiblirait notre politique étrangère, isolerait notre pays et trahirait les valeurs de solidarité, de paix et de responsabilité qui fondent notre engagement international.