« Jean Ziegler nous a appris que la neutralité ne dispense jamais de défendre la dignité humaine et les droits fondamentaux. Son courage intellectuel et son engagement en faveur de la justice sociale continueront d’inspirer notre parti et bien au-delà », déclarent Amanda Gavilanes et Cyril Mizrahi, coprésident-es du Parti socialiste genevois.
Avec la disparition de Jean Ziegler, Genève, la Suisse et le Parti socialiste perdent l’une de leurs voix les plus libres, les plus courageuses et les plus influentes. Infatigable combattant de la justice économique et sociale, adversaire résolu de l’impérialisme et du pouvoir financier, il laisse derrière lui une œuvre immense et un héritage intellectuel et moral d’une portée universelle.
Sa disparition représente une perte inestimable, non seulement pour notre parti, mais aussi pour toutes celles et ceux, en Suisse et au-delà, qui ont trouvé dans son enseignement et son engagement une source d’inspiration pour contester l’ordre établi et rêver d’un monde plus juste.
Né à Thoune dans une famille bourgeoise, fils de juge, il a souvent évoqué l’indignation qui l’a saisi enfant devant la misère des enfants placés dans des familles paysannes et contraints au travail forcé. L’indifférence paternelle face à cette injustice allume en lui une révolte contre l’ordre social dominant – une révolte qui ne le quittera plus.
Son éveil politique le conduit dans le Paris des années 1950, où il rencontre Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Au début des années 1960, il parcourt déjà le Congo et le Burundi dans le cadre de missions pour les Nations Unies. C’est pourtant à Genève, lors d’une visite du Che Guevara qu’il conduit, que son destin politique s’affirme. Le révolutionnaire lui confie ce conseil resté célèbre : « Frappe au cerveau du monstre », en référence à la puissance économique des milieux financiers helvétiques. Cette rencontre décisive scelle l’engagement de Ziegler envers Genève, sa cité d’adoption, et son pays.
Son parcours institutionnel débute au Conseil municipal de la Ville de Genève (1963–1967), avant son élection au Conseil national (1967–1999, avec une courte interruption). À Berne, il se distingue comme l’une des voix les plus virulentes contre les abus du capitalisme financier.
Membre du Conseil exécutif de l’Internationale socialiste sous la présidence de Willy Brandt, il soutient sans relâche les mouvements de libération nationale d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, incarnant une solidarité internationale sans frontières.
C’est dans les années 1970 que sa notoriété atteint une dimension mondiale, notamment avec la publication de son ouvrage majeur, Une Suisse au-dessus de tout soupçon (1976). Le livre dénonce le rôle central des banques helvétiques dans le recel de fonds issus des dictatures du Sud, accusant la Suisse d’un « impérialisme secondaire » au service de la misère mondiale.
Après son départ du Parlement fédéral, il poursuit son engagement sur la scène internationale : en 2000, il est nommé Rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, fonction qu’il exerce avec éclat et courage. De cette tribune mondiale, il dénonce inlassablement la faim comme un crime structurel, rappelant avec force que « chaque enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné. »
À l’heure où les conflits se multiplient, où la faim continue de toucher des centaines de millions de personnes et où les inégalités atteignent des niveaux vertigineux, les combats portés par Jean Ziegler conservent une résonance particulière. Son œuvre nous rappelle que derrière ce qui est souvent présenté comme une fatalité se cachent des choix politiques, économiques et sociaux.
Jean Ziegler restera l’une des grandes consciences critiques d’une Genève et d’une Suisse confrontée à son rôle dans l’oppression des peuples et l’impérialisme financier, un esprit libre, rebelle et profondément humaniste, dont la voix a porté jusqu’aux Nations Unies. Son œuvre, son courage et sa foi inébranlable dans la dignité humaine continueront d’inspirer celles et ceux qui refusent de se résigner.
Pour plus d’informations :
Amanda Gavilanes, Coprésidente du PS genevois
Cyril Mizrahi, Coprésident du PS genevois