Le Parti socialiste genevois a pris connaissance avec colère et stupéfaction du rapport d’austérité publié ce matin par le groupe d’experts mandaté par le Conseil d’État. Ce document ne se contente pas de couper drastiquement dans les prestations publiques dans des domaines essentiels – santé, social, écoles, ou encore mobilité – et d’attaquer frontalement les conditions de travail des employé-es de l’État. Il constitue une régression sociale d’une ampleur jamais vue à Genève. C’est l’aboutissement d’une vision néolibérale et managériale portée de longue date par la droite, visant à affaiblir les services publics et les faire maigrir à tout prix au mépris des besoins de la population. Ce plan d’économies de près d’un milliard est l’opposé du projet de société et du programme politique des Socialistes. Nous nous y opposerons de toutes nos forces, dans la rue, au Grand Conseil et devant la population. Nous lancerons des référendums mesure par mesure pour stopper cette boucherie.
Après les expériences caricaturales d’austérité menées ailleurs – à l’image du « DOGE » confié à Elon Musk par Donald Trump – la droite genevoise semble vouloir, à son tour, tailler à la tronçonneuse dans les services publics. Dès l’origine, la composition et le mandat de ce groupe posaient de sérieuses questions démocratiques : des personnalités non élues chargées de proposer des coupes sans examiner les recettes.
Sans pouvoir se prononcer immédiatement sur la totalité des mesures proposées et sur leur impact, une chose est claire : leur application entraînerait une régression sociale d’une ampleur inédite à Genève. Le rapport lui-même annonce la couleur en précisant que « ces mesures ne constituent pas un aboutissement, mais le point de départ d’une transformation durable de l’action publique genevoise » (p. 37). Autrement dit, une offensive appelée à se poursuivre.
Les cibles sont clairement identifiées : « les domaines de la santé, du social, de la formation et de la mobilité » (p. 3). Autrement dit, les secteurs les plus essentiels pour la population. Le rapport assume d’ailleurs la nécessité pour le Conseil d’État de faire preuve de « fermeté et de solidarité » face aux « résistances institutionnelles, syndicales ou sectorielles » (p. 35-36). Le message est limpide : imposer ces mesures coûte que coûte, au détriment du débat démocratique. Un certain Donald Trump n’aurait pas dit mieux.
Le rapport s’en prend directement aux plus vulnérables : durcissement des conditions d’accès aux subsides d’assurance-maladie (p. 68), réductions des prestations sociales, baisse des prestations complémentaires pour les seniors et les familles, suppression de la gratuité des TPG pour jeunes de moins de 25 ans et du demi-tarif pour les seniors. Dans le domaine de l’école et de la formation, il propose une augmentation des élèves par classe et même une hausse des taxes universitaires.
Et cela alors même que le rapport reconnaît la bonne santé des finances cantonales (notamment p. 14 et 20). Malgré cela, il propose de détricoter méthodiquement la fonction publique en s’attaquant frontalement aux conditions de travail et de rémunération des employé-es de l’Etat qui délivrent les prestations et assurent la qualité des services publics.
Paradoxalement, les rares hausses de recettes envisagées profitent aux acteurs privés. Le démantèlement du patrimoine immobilier de l’État (p. 66) ouvrirait la voie à des opérations lucratives pour des investisseurs, au détriment des finances publiques. De même, l’augmentation des dividendes de la BCGE (p. 104) bénéficierait en partie à des actionnaires privés, tout en fragilisant les fonds propres de la banque.
Les communes ne sont pas épargnées. Déjà mises sous pression financière, notamment par la baisse fiscale de novembre 2024 et par la volonté du Conseil d’État de les faire participer à la péréquation intercantonale, elles devraient assumer de nouvelles charges sans leur demander leur avis, notamment le financement complet de la FASe, ainsi qu’une augmentation de leur participation aux coûts des TPG et d’Unireso.
Le mépris pour les mécanismes démocratiques est manifeste. Le rapport propose notamment de priver les député-es de leur capacité à déposer des projets de loi (p. 133), de réduire leurs indemnités (p. 135) et de diminuer le nombre de membres du Conseil d’État de 7 à 5, créant des « super-départements » déconnectés de la population. Une concentration du pouvoir exécutif aussi brutale qu’inquiétante pour des économies de bout-de-chandelle.
Dans un canton où le coût de la vie est déjà extrêmement élevé, loyers, primes d’assurance maladie, ces propositions sont révoltantes et irresponsables. Elles affaiblissent à la fois les prestations publiques et les conditions de travail de celles et ceux qui les assurent. Ce rapport ne constitue pas seulement une série de mesures techniques : il incarne un projet de société. Celui d’un désengagement de l’État et d’une mise en concurrence généralisée des services publics.
Le Parti socialiste genevois porte un projet de société drastiquement opposé et il s’engagera de toutes ses forces pour défendre une action publique forte, garante de solidarité, d’égalité et de cohésion sociale.
Pour plus d’informations :
- Thomas Wenger, Député et Président du Parti socialiste genevois
- Léna Strassser, Députée et Vice-Présidente du Parti socialiste genevois
- Matthieu Jotterand, Député et Chef de groupe