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Égalité : le sanglot bouleversant d’une femme courageuse

Estelle Revaz
Conseillère nationale — Artiste, violoncelliste

Un sanglot déchire l’Assemblée fédérale. Il vient d’une femme qui a tout donné pour son pays. Il vient d’une femme qui s’est engagée avec sincérité. Il vient d’une femme qui a eu le courage d’occuper, pour la première fois de l’histoire, le poste de Conseillère fédérale en charge de la Défense. Cette femme a été trahie. Raillée. Brisée. Avec une violence inouïe. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle était une femme. Je n’ai pas pu retenir mes larmes. Mes collègues non plus. Parce que l’émotion était trop forte. Mais aussi parce que le constat était accablant : être une femme, aujourd’hui, signifie devoir encore et toujours se battre. Pas pour réussir. Simplement pour être respectée.

Cette session, la question de l’égalité est omniprésente. Nous nous battons pour que le harcèlement obsessionnel soit enfin inscrit dans le Code pénal. Pour que l’accueil extra-familial réponde mieux aux besoins des familles et soit plus abordable. Pour une fiscalité plus juste avec l’imposition individuelle. Et, surtout, nous nous battons sans relâche pour l’égalité des revenus.

Un bilan intermédiaire de la mise en œuvre des articles de loi sur l’égalité salariale montre que la majorité des employeurs n’a pas respecté ses obligations légales. Pourtant, malgré ce constat accablant, le camp bourgeois hésite encore à envisager des sanctions. Nous devons donc poursuivre notre combat avec persévérance et détermination. Mais l’injustice ne s’arrête pas là. J’ai découvert que les inégalités de revenus non expliquées frappaient aussi les travailleuses indépendantes. Un rapport du Conseil fédéral est sans appel : à compétences égales, les femmes indépendantes gagnent en moyenne 20 % de moins par heure que leurs homologues masculins. Curieusement, ce sujet n’a jamais été traité au Parlement. Consciente que les questions d’égalité se heurtent souvent à des clivages partisans et de genre, j’ai œuvré à la construction d’une coalition inédite : trois femmes, trois hommes, issus des six groupes présents à l’Assemblée fédérale, représentant la Suisse romande et la Suisse alémanique. Parce que non, l’égalité n’est pas une simple « lubie de bonne femme woke de gauche », comme certains aiment le dire. Nous allons déposer un premier texte avec l’espoir qu’il ouvre la voie à des avancées concrètes.

Chères et chers camarades, poursuivons ensemble la lutte pour l’égalité. Le changement est à notre portée : n’oublions pas que chaque geste, chaque voix, chaque action compte !