Interview de Salma Selle, Aménagiste
Que prévoit la loi 13539 pour Seymaz-Sud et pourquoi le choix d’une zone ordinaire fait-il débat ?
La loi 13539 prévoit une zone 3 ordinaire (ZO), alors que le projet initial prévoyait une zone de développement (ZD) 4A. La densification ne fait donc pas débat. Ce qui change, ce sont les garanties publiques qui l’accompagnent. La ZD prévoit notamment une taxe d’équipement et des mécanismes de répartition des droits à bâtir. En ZO, on troque une partie de ces obligations contre de la négociation. Le risque est que la plus-value soit privatisée tandis qu’une partie des coûts du quartier sera reportée sur la collectivité.
Quelles conséquences la zone ordinaire aurait-elle sur les prix et l’accès au logement ?
Une PPE neuve coûte en moyenne 6’587 francs/m² en ZD contre 10’352 francs/m² en ZO, soit près de 57 % plus cher. Passer en ZO, c’est renoncer aux mêmes mécanismes de contrôle des prix et des catégories de logements, en pleine pénurie. Construire ne suffit pas, encore faut-il construire des logements accessibles.
La loi permettra-t-elle de construire plus vite ?
C’est la promesse de la droite, mais elle ne repose sur aucune garantie. Seymaz-Sud compte 57 parcelles. En ZO, le développement dépend davantage de la décision de chaque propriétaire de construire… ou non. Le risque est une urbanisation parcellaire et décousue plutôt qu’une vision coordonnée. Mais 57 parcelles ne font pas un quartier.
Pourquoi cet enjeu dépasse-t-il Chêne-Bourg ?
La droite souhaite tester ici la zone ordinaire comme nouvelle manière de créer un quartier. Si le test échoue, les droits à bâtir auront été accordés et la collectivité aura moins d’outils. Ce sont leurs terrains, mais le quartier n’appartiendra pas qu’aux propriétaires. Ce choix peut créer un précédent pour les futurs projets de densification du canton.
Propos recueillis par Halima Delimi