Dans notre pays, chaque année, entre 16 et 25 femmes sont tuées dans un contexte de féminicide. Ces chiffres sont issus du recensement effectué par le collectif Stop Feminizid depuis 2020. Les féminicides n’étant pas reconnus comme une infraction autonome dans le Code pénal suisse, il n’existe malheureusement pas de statistiques officielles permettant de les comptabiliser comme telle.
D’ailleurs, seuls 29 pays sur 193 disposent d’une législation spécifique sur les féminicides, que ce soit par la reconnaissance d’une infraction autonome ou par celle d’un homicide aggravé en raison du genre. Au total, environ 15 % des pays dans le monde reconnaissent donc le féminicide dans leur législation. Dire que c’est peu reste un euphémisme.
Heureusement, la motion 25.4556, déposée au Conseil national en septembre 2026, demande l’élaboration d’une loi-cadre permettant notamment de définir le féminicide et de fixer les peines correspondantes. La Suisse entame donc cette année le long processus vers une reconnaissance de ce type de crime. Enfin.
Mais quelle définition donner au féminicide ? Il s’agit du meurtre intentionnel d’une femme ou d’une fille en raison de son sexe ou de son genre. ONU Femmes décrit le féminicide comme l’acte ultime du continuum des violences faites aux femmes. Cela signifie qu’un tel meurtre n’est pas nécessairement un acte isolé ou soudain : il est souvent l’aboutissement d’un système de violences, de contrôle et d’inégalités de genre.
De nombreuses associations œuvrent déjà contre ces violences de genre et agissent en prévention pour éviter qu’elles ne connaissent une issue mortelle. Mais nous aimerions nous intéresser à ce qui vient après : le post-féminicide.
Que se passe-t-il après ces meurtres ? Pour celles et ceux qui restent, quelles en sont les conséquences ? Qu’il s’agisse des parents, des fratries, de la famille élargie, mais surtout des enfants de ces femmes : quel avenir pour elles et eux ?
Si l’on retient une moyenne d’environ 1,3 enfant par femme, nous pouvons estimer que plusieurs dizaines d’enfants sont potentiellement concerné-es chaque année en Suisse par le féminicide de leur mère. Pour ces enfants, le meurtre fait brutalement basculer leur vie.
Souvent, lorsque l’auteur du féminicide est leur père, ils et elles perdent leur mère tandis que leur père est incarcéré. Ils et elles peuvent aussi perdre leurs deux parents lorsque l’auteur se suicide après avoir tué leur mère.
Qu’advient-il alors de leur vie ? Non seulement ces enfants sont privé-es d’une ou de leurs deux figures parentales, mais ils/elles peuvent également perdre leur foyer, leurs repères quotidiens et leur environnement. Qui les accompagne alors ? Peuvent-ils/elles bénéficier de l’aide aux victimes prévue par la LAVI ? Ont-ils/elles droit à une rente d’orphelin de l’AVS ? Qui les accompagne face au traumatisme, au deuil et parfois à la violence dont ils/elles ont été témoins ? Quels sont leurs besoins spécifiques ?
Pour aborder ces questions, les Femmes socialistes genevoises et les Femmes socialistes vaudoises organisent une table ronde en mixité choisie, avec une spécialiste du post-féminicide, une enseignante de la HETS travaillant sur le deuil, une juriste du Ministère public genevois et une représentante de la Fondation As’trame, qui accompagne les enfants, les jeunes et les familles confrontées à un bouleversement des liens ou à une épreuve de vie majeure.
Cet événement aura lieu au siège du parti, rue des Voisins 15, le samedi 21 novembre 2026, de 14 h à 16 h.
Nous vous y attendons nombreuses !
P.-S. : Pour nos amis masculins qui s’intéressent au post-féminicide, un article consacré à cette table ronde sera prochainement publié.
Photo: Amaury Cornu