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L’accès à la contraception : un enjeu sociétal majeur

L’initiative 198 demande de définir un cadre législatif permettant d’organiser la prise en charge, au niveau cantonal, de l’ensemble des frais liés à la contraception. Le Grand Conseil a rejeté l’initiative, préférant le principe d’un contre-projet. Ce contre-projet aurait pu être l’occasion de définir ce cadre législatif. Mais pour finir, après avoir essayé de réduire l’âge de la gratuité à moins de 25 ans, de réserver l’aide aux personnes les plus précaires et enfin de proposer uniquement des préservatifs masculins, la droite n’a pas su proposer d’alternative viable. L’initiative « Pour une contraception gratuite » passera donc seule devant le peuple.

Les auditions en commission ont permis de conforter les constats de l’initiative. L’accès à la contraception a des implications multiples au niveau social, économique et sanitaire. Il nous faut donc la défendre devant le peuple.

Pourquoi doit-on améliorer l’accès à la contraception ?
L’accès à la contraception est un élément clé dans l’émancipation des femmes, quel que soit leur niveau socio-économique. C’est avant tout l’autonomie corporelle et la liberté de choisir si l’on veut avoir un enfant et quand on veut avoir un enfant. Cette liberté a été déterminante dans l’émancipation des femmes et nous devons en garantir l’accès à toutes.

En Suisse, la contraception n’est pas prise en charge par l’assurance maladie de base, malgré le fait qu’elle nécessite une consultation médicale et une ordonnance médicale. À Genève le renoncement aux soins pour des raisons financières augmente. Actuellement 26% de la population renonce aux soins, il y a donc de plus en plus de femmes qui seront contraintes de renoncer à la contraception la plus adaptée faute de moyens.

Le préservatif est un moyen de contraception bien moins efficace que la pilule et les contraceptifs à longue durée d’action comme le stérilet. C’est le coût élevé des moyens les plus efficaces qui crée l’inégalité d’accès liée à la capacité financière.

Malheureusement, le poids de la contraception, que ce soit le coût ou la responsabilité, repose majoritairement sur les femmes. Cette initiative permettra de répartir le poids financier dans la société et de rendre les hommes plus attentifs et contributeurs à la contraception. Les femmes ne doivent pas continuer à porter seules le poids du risque de grossesse.

L’âge ne doit pas être le seul facteur
À Genève, le taux d’interruptions de grossesse est le plus élevé de la Suisse (10,5/1000 femmes versus 6,9 en Suisse). La majorité des interruptions de grossesse aux HUG concernent les femmes entre 25 et 37 ans.

Pendant le COVID un fond spécial a été mis en place pour la contraception en Suisse. La majorité (68%) des demandes de financement de la contraception émanait de familles avec enfant. Il n’y a donc pas de raison fondée de limiter l’accès aux moins de 25 ans. C’est la capacité financière qui est déterminante.

Mais également, un enjeu économique majeur et collectif
Plus d’autonomie reproductive signifie plus de sécurité économique et une participation sociale renforcée : un véritable cercle vertueux. Rendre la contraception accessible, c’est aussi faire un choix économique intelligent. Toutes les études le montrent : lorsque les femmes peuvent planifier leurs grossesses, la société réalise des économies substantielles.

Chaque franc investi dans la planification familiale évite des coûts bien plus élevés : complications de grossesses non désirées, interruptions de formation, pertes de revenus. C’est un investissement social rentable, qui réduit les inégalités, stabilise le tissu économique et renforce la cohésion sociale. Ne pas agir, au contraire, coûte cher — humainement, socialement et financièrement.

Rendre la contraception accessible, c’est choisir une société qui protège, anticipe et offre à chacune et chacun les moyens de construire son avenir.

Jacklean Kalibala et Sophie Demaurex
Députées au Grand Conseil

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