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Neutralité : NON à l’initiative pro-Poutine

Le 27 septembre, nous voterons sur l’initiative populaire « Sauvegarder la neutralité suisse ». Derrière un titre soigneusement choisi pour flatter l’attachement profond du peuple suisse à la neutralité se cache un projet qui bouleverserait la politique étrangère de notre pays et ferait de la Suisse un allié objectif des intérêts du Kremlin.

Le cœur de l’initiative est son article 54a, alinéa 3. Il interdirait à la Suisse de prendre des sanctions économiques contre un État violant gravement le droit international, sauf lorsqu’elles sont décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Or, chacun-e sait que, s’agissant de la Russie, une telle décision est impossible en raison du veto de Moscou. Si l’initiative avait déjà été en vigueur en 2022, toutes les sanctions reprises par la Suisse contre la Russie après son agression de l’Ukraine auraient été interdites. Si elle est acceptée, ces sanctions devront être abandonnées.

Les auteurs de l’initiative prétendent défendre la neutralité. En réalité, ils défendent une Suisse qui continuerait à commercer avec des régimes responsables des pires violations du droit international, sans pouvoir prendre la moindre mesure coercitive à leur encontre. Cette vision n’est pas nouvelle. Déjà à l’époque de l’apartheid, Christoph Blocher s’opposait aux sanctions contre le régime sud-africain au nom des intérêts économiques. Aujourd’hui, l’UDC poursuit la même logique : les affaires avant les droits humains, le commerce avant le droit international.

Une telle Suisse deviendrait rapidement la bête noire de l’Union européenne et de ses partenaires démocratiques. Elle offrirait un refuge économique aux États agresseurs et minerait sa propre crédibilité lorsqu’elle prétend défendre la paix, les droits humains ou le droit international.

Certain-es acteur-rices politiques à gauche prétendent que le rejet de l’initiative ouvrirait la voie à une future adhésion à l’OTAN. C’est totalement faux. La neutralité militaire de la Suisse n’est pas en cause et toute adhésion à l’OTAN doit faire l’objet d’une votation populaire. Voter oui pour empêcher une adhésion hypothétique à l’OTAN ne ferait qu’aider à une victoire politique de l’UDC et à renforcer les forces qui, en Suisse, servent objectivement les intérêts de Poutine.

La Suisse doit rester neutre politiquement et militairement, mais jamais neutre face aux crimes de guerre, aux violations du droit international et aux dictatures. Le 27 septembre, refusons une initiative qui affaiblit notre pays et trahit les valeurs de solidarité, de justice et de paix.

Carlo Sommaruga
Conseiller aux Etats — Avocat, Président ASLOCA Suissse, Président Solidar Suisse

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