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Rapport Zuin : quand la droite fabrique la crise pour mieux imposer l’austérité

Le rapport Zuin n’est pas tombé du ciel. Il est le produit d’un choix politique et l’un des épisodes d’un scénario bien rôdé. Après avoir soutenu plusieurs baisses d’impôts qui ont durablement amputé les recettes de l’État, la majorité de droite a refusé le budget 2026, malgré les efforts du Conseil d’État pour contenir le déficit tout en préservant les prestations essentielles.

Dans ce contexte de contrainte politique organisée, un groupe d’expert-es externes a été mandaté afin d’identifier plus de 500 millions de francs d’économies. L’exercice n’est pas neutre : il s’inscrit dans un rapport de force imposé par une majorité de droite qui exclut d’emblée toute réflexion sur les recettes et ne jure que par la réduction des dépenses publiques, en agitant la menace de bloquer tout vote budgétaire ces prochaines années.

Mais derrière les colonnes Excel et le vocabulaire technocratique de “l’efficience”, c’est une vision politique bien connue qui s’affirme : celle d’un État présenté comme trop lourd, trop coûteux, trop généreux. Une vieille rengaine ultralibérale qui consiste à peindre le service public comme un fardeau pour mieux justifier une politique d’austérité.

Et cette logique a toujours les mêmes cibles. Les personnes les plus précaires d’abord, à qui l’on propose par exemple de partager leurs chambres en EMS — une “optimisation” qui ne concerne, curieusement, que les bénéficiaires des prestations complémentaires. La fonction publique ensuite, réduite aux clichés d’une prétendue armée de fonctionnaires improductifs-ves. Les communes enfin, transformées en variables d’ajustement par des transferts de charges imposés sans vision d’ensemble.

Présentées comme de simples gains d’efficience, ces mesures auraient pourtant des effets bien réels : fragilisation des plus vulnérables, affaiblissement du service public et report des coûts sur d’autres acteurs ou sur la population elle-même. Car derrière l’addition comptable se dessine un projet clair : moins d’État, moins de solidarité, moins de capacité collective à répondre aux besoins d’une population qui grandit, vieillit et
se fragilise.

Nous avons rappelé qu’un tel exercice ne peut se substituer au débat démocratique sur les priorités de l’action publique. Gouverner ne consiste pas à appliquer mécaniquement un catalogue de coupes, mais à assumer des choix politiques.

L’absurdité de cette séquence est manifeste. La droite crée une impasse budgétaire en affaiblissant les recettes fiscales, puis refuse le budget présenté pour y répondre. Elle exige ensuite des coupes massives pour résoudre une crise qu’elle a elle-même contribué à organiser. Pourtant, les comptes des dernières années ont confirmé la solidité des finances genevoises. Les défis sont réels, mais ils ne justifient pas de sortir la tronçonneuse là où il faudrait du discernement.

Car partout où l’austérité a fragilisé les classes moyennes et populaires, nourri les inégalités et le sentiment d’abandon, les droites populistes et l’extrême droite ont prospéré. Face à cette mécanique dangereuse, le Parti socialiste doit être un rempart et porter une autre vision des finances publiques : fondée sur la justice fiscale, l’investissement, la cohésion sociale et la défense d’un service public fort.

Carole-Anne Kast et Thierry Apothéloz
Conseiller-ère d'État

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