Aller au contenu directement

Le 14 juin, on me demandera de choisir entre mes convictions et mon mandat

Je suis suissesse, genevoise, musulmane et féministe engagée. Je porte un foulard. Je m’apprête à siéger au Conseil municipal de Thônex. Et le 14 juin, les Genevois-es voteront sur une loi qui me somme de choisir entre mon identité et mon engagement.

La loi constitutionnelle du 20 novembre 2025 — adoptée au Grand Conseil à deux voix près — modifierait la Constitution genevoise pour interdire aux élu-es de porter tout signe religieux ostentatoire en séance plénière et lors des représentations officielles. En clair : la croix d’une conseillère chrétienne. La kippa d’un élu juif. Le foulard d’une femme musulmane. Tous effacés. Par la Constitution elle-même. Pour toute la durée du mandat.

On nous dira que c’est la neutralité. Mais la neutralité, c’est ce que l’État garantit à chaque citoyen-ne — pas ce qu’il impose aux corps de ses représentant-es. Un parlement n’est pas légitime parce qu’il est uniforme. Il est légitime parce qu’il ressemble à la population qu’il représente. S’immiscer dans la tenue d’un-e élu-e, c’est s’immiscer dans la population elle-même. Et décider qu’un foulard, une kippa ou une croix rendent quelqu’un incompatible avec la démocratie, c’est décider que des pans entiers de Genève n’ont pas leur place à la table.

Une élue PLR est déjà arrivée en séance avec une passoire sur la tête pour ridiculiser les signes religieux. Voilà ce que cette loi inspire. Voilà le mépris qu’elle légitime. Ce n’est pas la neutralité qu’on défend ici — c’est l’uniformité d’un regard dominant qui décide quels visages sont acceptables dans une assemblée.

Et cette loi ne surgit pas seule. Depuis le 1er avril, l’interdiction du burkini dans les piscines publiques genevoises me prive déjà de nager dans ma propre ville — 200 francs d’amende à la clé. Hier la piscine. Demain le parlement. La logique d’exclusion n’a pas de fond. Elle n’a que des palliers.

« Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » — Abraham Lincoln

Le peuple, c’est aussi moi. Mais personne ne m’a demandé mon avis, personne n’a demandé l’avis d’une femme qui porte le foulard. Pas une audition, pas une consultation, pas un micro tendu — pas une seule fois. On légifère sur nos corps, on tranche notre compatibilité avec la démocratie, sans nous. L’islamophobie ne détruit pas seulement les femmes musulmanes : elle fracture les alliances féministes, elle dresse les femmes les unes contre les autres au lieu de les unir contre ce qui les opprime toutes. Mon corps. Mon choix. Pas le leur.

On ne libère pas les femmes en choisissant ce qu’elles peuvent porter. On ne défend pas la laïcité en sanctionnant des corps. Une société libre et égale ne se construit pas par l’exclusion de celles qui dérangent le regard dominant.

Ce 14 juin tombe le jour de la grève féministe et ce n’est pas un hasard. Cet objet et l’initiative fédérale de l’UDC « Pas de Suisse à 10 millions », sont deux faces d’un même projet raciste : conditionner qui appartient, trier qui peut rester visible, réduire la démocratie à celles et ceux qui ont toujours eu le droit d’y siéger sans qu’on leur pose de conditions. Ce n’est pas à la droite de décider quels corps sont compatibles avec la République. On ne fait pas société en excluant. On ne fait pas société sans toutes ses voix.

Je vous remercie d’avoir écouté la voix d’une concernée et vous invite, avec conviction, à voter NON aux deux objets cités précédemment.

Ela Bulen Öztürk
Prochaine vient-ensuite au Conseil municipal de Thônex

A lire aussi

Pas d’ouverture dominicale sans conditions de travail dignes !

Romain De Sainte MarieDéputé au Grand Conseil

Interview de Balmain Badel, resonsable du secteur tertiaire pour Unia Genève

Non à une initiative destructrice !

Laurence Fehlmann RielleConseillère nationale