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Interview de Balmain Badel, resonsable du secteur tertiaire pour Unia Genève

Partages-tu l’avis du Conseil d’État selon lequel la votation ne pouvait se tenir le 30 novembre ?
Non. Malgré l’arrêt du Tribunal fédéral, la question soumise à la population restait claire, et elle est la même aujourd’hui : veut-on, OUI ou NON, davantage d’ouvertures dominicales sans protection collective suffisante pour le personnel ? Le peuple devait pouvoir se prononcer. Et la suite des événements pose question. On a invoqué l’insécurité juridique pour annuler la votation, alors que tout le matériel (dont la brochure explicative) était déjà prêt, mais cette même insécurité n’a plus empêché l’autorisation d’ouvrir les magasins le dimanche 21 décembre 2025. Il y a là un sérieux problème de cohérence politique de mon point de vue.

À écouter le patronat, cette révision constitue une opportunité pour les employé-es puisqu’ils et elles auraient une majoration salariale de +100 % les dimanches…
C’est un discours trompeur. Une majoration salariale ne transforme pas le travail du dimanche en progrès social, bien au contraire. Le dimanche on débranche, car c’est du temps de repos, de famille, de vie sociale. Une étude réalisée par l’Université de Berne montre bien que le travail du dimanche met en danger le bien-être physique, psychique et social, avec des effets qui vont des troubles du sommeil aux dépressions et aux maladies cardio-vasculaires. Les femmes étant largement majoritaires dans la vente, et plus fortement touchées par les effets du travail dominical selon l’étude bernoise, l’extension du travail du dimanche frapperait d’abord une main-d’œuvre déjà particulièrement exposée. Dans ces conditions, parler “d’opportunité” est pour le moins indécent.

Que penser également de l’argument de la droite selon lequel les fermetures de commerces sont avant tout provoquées par une loi sur le travail inflexible ?
Non. Le vrai problème, c’est le recul du pouvoir d’achat et la concentration croissante du commerce entre les mains de quelques grands groupes. Quand les salaires stagnent pendant que les charges explosent, les ménages achètent moins ou vont chercher ailleurs des prix compatibles avec leur budget. Pendant ce temps, les grands acteurs accumulent chiffres d’affaires et bénéfices, tandis que le personnel et les petits commerces paient la facture. Les retours des vendeuses au syndicat sont clairs : le dimanche ouvert en 2025 n’a pas amené l’affluence promise et beaucoup ne voient pas le sens de travailler dans ces conditions. Ouvrir plus tard ou plus souvent le dimanche ne crée aucune demande supplémentaire, mais déplace les achats et accroît la pression sur le personnel. Les réponses sont ailleurs : hausse des salaires, soutien aux petits commerces et frein plus ferme à la domination des grands groupes.

Quelles sont les conditions de travail en général dans la branche et existe-t-il une CCT ?
C’est justement un des nœuds du problème : à Genève, le commerce de détail n’est pas encadré par une CCT forte et étendue couvrant réellement toute la branche. Autrement dit, on veut ouvrir plus alors que la protection collective reste totalement insuffisante. Plutôt que de songer à la moindre péjoration, l’urgence est aujourd’hui de sécuriser les salaires, les horaires et la santé du personnel de vente.

Propos recueillis par Ludovic Iberg

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