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Limiter les profits spéculatifs plutôt que le nombre d’habitant-es !

Genève connaît une crise du logement qui dure depuis des années. Quelle doit être aujourd’hui, selon toi, la priorité politique pour protéger les locataires ?
Préserver le logement abordable et en construire. La crise du logement frappe toute la population. Les loyers de l’offre sont si élevés qu’ils ne correspondent plus aux investissements du bailleur. Dans un contexte de pénurie massive de logement il y aura toujours preneur. Les locataires sont ainsi contraint-es de louer trop voire beaucoup trop cher leurs logements. 56 % de la population genevoise ne peut pas se permettre les loyers abusifs du marché (selon Wuestpartners) ! Il faut contrôler systématiquement les loyers : l’ASLOCA Suisse a lancé une initiative en ce sens.

Il faut faire appliquer la LDTR (Loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d’habitations), la loi genevoise fondamentale qui protège le parc locatif abordable. Or, on voit comment les bailleurs tentent de la bafouer dans des opérations immobilières spéculatives comme à Carl-Vogt ou aux Augustins, en expulsant les locataires pour à terme relouer plus cher. Nous devons exiger que la loi soit appliquée par le Département du territoire et faire barrage à ces pratiques spéculatives. Il faut également construire du logement abordable en déclassant en zone de développement et non en zone ordinaire comme prétend le faire la droite immobilière.

Le Parti socialiste affirme que le logement est un droit fondamental. Concrètement, comment cela se traduit-il au Grand Conseil ?
Les attaques des milieux immobiliers trop bien représentés au Grand Conseil sont incessantes. En effet, toute réglementation de leur profit leur est insupportable. Nous parvenons parfois à dégager des majorités pour nous opposer à certains projets. Pour les autres attaques, il faut se mobiliser dans la rue et dans les urnes.

Les attaques contre la LDTR pleuvent. La dernière (L13025) vise à réintroduire les congés-vente, permettant de résilier des baux sous prétexte de vendre, sans réel droit d’achat pour le locataire. Cela menace le parc locatif abordable. L’ASLOCA, soutenue par le PS, a lancé le référendum et la population votera bientôt sur le sujet. Il faudra se mobiliser pour refuser cette loi dans les urnes.

Par ailleurs, la droite immobilière attaque la construction de logements abordables. D’une part en tentant de déclasser en zone ordinaire plutôt qu’en zone de développement, par exemple à Seymaz Sud. Nous avons lancé le référendum contre ce déclassement, il est fondamental que la population envoie un signal clair contre ces pratiques spéculatives. D’autre part, la droite s’attaque à la construction de logements d’utilité public (LUP), dans le PAV et ailleurs. Une fois encore le seul but est de maximiser ses profits : car construire des logements LUP et surtout HBM est moins lucratif.

La densification suscite parfois des inquiétudes. Comment concilier construction de logements, qualité de vie et acceptation par les habitant-es ?
La densité ne peut avoir lieu que si les logements sont de qualité (notamment en termes de surface, d’empreinte énergétique réduite et de loyers abordables) et si des espaces publics suffisants et de qualité sont construits (espaces verts, équipements publics).

Quel message aimerais-tu adresser aux militant-es socialistes engagé-es sur les questions de logement et d’écologie ?
Mobilisons-nous avec nos voisin-es et les locataires concerné-es, contre les pratiques spéculatives, pour contester les loyers initiaux, les majorations, les résiliations et les expulsions. Battons-nous dans la rue et dans les urnes !

En une phrase, ta vision du logement à Genève ?
Le logement est un droit pas un objet de profit ! La ville est à nous qui y vivons et la faisons vivre !

Propos recueillis par Halima Delimi

Caroline Renold
Députée — Avocate et juriste à l'ASLOCA

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