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Quand le jusqu’au-boutisme prime sur les besoins de la population

Depuis sa création, le service civil est dénigré par les pro-armée. Leur dernier projet est de réduire de 40 % le nombre de civilistes, au nom d’un « renforcement de l’armée » plus qu’hypothétique.

Tout d’abord, l’armée n’a aucun problème d’effectif puisqu’elle dépasse aujourd’hui son contingent légal. Au lieu des 100’000 hommes prévus, elle en compte plus de 146’000 ! L’obligation de servir est un système qui fournit les recrues sur un plateau aux instances militaires. Si ces dernières sont incapables de les garder, la responsabilité leur en revient entièrement. Blâmer le service civil pour d’éventuels problèmes internes à l’armée est surtout une façon bien efficace de ne pas se remettre en question. Au lieu de s’exercer à l’introspection, l’État-major de l’armée veut plutôt punir la population en dissuadant l’engagement des civilistes avec sept mesures.

Aujourd’hui déjà, le service civil dure 1.5 fois plus longtemps que le service militaire. Avec la nouvelle loi, toute personne qui basculerait de l’armée au service civil devrait accomplir au moins 150 jours de service, quel que soit le nombre de jours d’armée restant.

Les affectations de civilistes dans une activité nécessitant des études de médecine seraient interdites pour éviter que les médecins aient « la possibilité d’influencer positivement leur formation ». Autrement dit, pour interdire aux médecins d’améliorer leur formation ! Alors que nous manquons de personnel soignant, interdire ces affectations péjorerait encore les conditions de travail dans le domaine des soins.

Il est aussi prévu que tout civiliste devrait accomplir une affectation de six mois dans l’année civile suivant son admission, au lieu de trois ans actuellement. Avec pour résultat de concilier plus difficilement le service civil avec ses études ou sa vie professionnelle.

Le Conseil fédéral reconnaît que des ressources manqueront pour des tâches importantes. Mais il justifie cela par « la nécessité de mettre en œuvre la disposition constitutionnelle selon laquelle il n’y a pas de libre choix » entre l’armée et le service civil. Autrement dit, interdire une liberté serait plus important que l’apport concret à la collectivité !

Le service civil nous concerne tou-tes car nous pouvons chacun-e avoir des enfants dans une école, des (grand-)parents en EMS ou manger des produits issus d’une exploitation agricole engageant un civiliste. Attaquer le service civil c’est attaquer la cohésion sociale de toute la population.

Florian Schweri
Conseiller municipal suppléant en Ville de Genève — Juriste

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