Lors de la plénière des 11 et 12 décembre 2025, la majorité de droite du Grand Conseil a refusé l’entrée en matière sur le budget 2026. Un geste grave, qui révèle moins une prétendue rigueur financière qu’une posture dogmatique et une fuite des responsabilités.
La situation budgétaire est marquée par une augmentation importante des charges contraintes, notamment des dépenses sociales. Mais celles-ci ne résultent pas d’un État prétendument dispendieux : elles sont la conséquence directe de la précarisation croissante d’une partie de la population, de besoins sociaux en forte hausse et de marchés insuffisamment régulés, en particulier le logement et la santé.
Dans le même temps, le déficit annoncé de 750 millions est largement le fruit de choix politiques assumés par la droite : des baisses d’impôts successives pour un manque à gagner de près de 475 millions de francs. Une droite qui dénonce aujourd’hui le déficit est pourtant majoritaire au Grand Conseil depuis 25 ans et au Conseil d’État durant l’essentiel des vingt dernières années.
Exiger aujourd’hui un budget immédiatement à l’équilibre est non seulement irréaliste mais aussi et surtout socialement destructeur et économiquement absurde. En période de ralentissement conjoncturel, réduire la dépense publique aggrave la crise au lieu de la corriger.
Refuser l’entrée en matière, c’est refuser de travailler. C’est priver l’État des moyens de répondre à des besoins urgents : enseignant-es supplémentaires, protection de l’enfance, accompagnement du handicap, soutien à l’Hospice général, aux TPG, à l’Université et aux institutions culturelles. Fonctionner en douzièmes provisoires, c’est organiser l’impuissance publique et c’est précisément ce que cherche à faire la droite.
Face à cette irresponsabilité, le groupe socialiste a défendu une position claire : débattre du budget, l’amender pour mieux répondre aux enjeux sociaux actuels, et surtout donner à l’État les moyens d’agir. Parce qu’un budget n’est pas un exercice comptable abstrait, mais un outil essentiel au service de la population.
Caroline Marti
Députée au Grand Conseil, vice-présidente de la Commission des finances
Un Conseil d’État imprévoyant, une droite destructrice
Le Conseil d’État est passé comme chat sur braises, lors de l’examen du budget 2026, sur l’effet des lois fiscales entrées en vigueur en 2025. Se bornant à relever que, selon les estimations fiscales, l’impact de la loi 13402 (faussement appelée « renforcer le pouvoir d’achat et les recettes fiscales ») et 13030 (Estimations fiscales de certains immeubles) allait occasionner des pertes fiscales de 475 millions . Il est clair que ces estimations de pertes fiscales ont été largement sous-estimées. La baisse de l’impôt cantonal et communal sur le revenu (entre 11.4 % et 5.3 % en fonction du revenu imposable), et les réductions de 15 % pour l’impôt sur la fortune dans le cadre de la LEFI vont mettre à mal les prestations publiques.
Le Conseil d’État oscille entre déni et mensonge, refuse d’assumer que son déficit trouve massivement son origine dans ses récentes réformes fiscales. Il incrimine la croissance soutenue des dépenses dites contraintes et mécaniques, tout en reconnaissant qu’elles découlent de dynamiques sur lesquelles il n’a que peu prise (vieillissement de la population, paupérisation de celle-ci). Le lapin sorti du chapeau du Conseil d’État de nommer un expert extérieur pour forcer 500 millions d’économies au printemps est encore peu clair. Lors de l’examen des comptes, nous verrons précisément de combien de centaines de millions la droite, par ses baisses fiscales intempestives a privé la collectivité de ressources et mis en danger les prestations à la population. 2026 doit impérativement être, pour la gauche, les prémices d’un grand renversement face à ce qui s’annonce comme une violente politique d’austérité du Conseil d’État.
Sylvain Thévoz
Député au Grand Conseil