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Sécurité pour toutes et tous : sans privilèges ?

La surmédiatisation à Genève, en 2025, d’une quinzaine de brigandages qualifiés de « home jackings », et leur récupération politique par certains partis, imposent un rappel essentiel : on ne construit pas plus de sécurité en opposant les peurs et les besoins, ni en hiérarchisant les violences subies ou les vies à protéger.

Ces agressions, généralement organisées par des filières criminelles internationales, sont d’une grande brutalité : elles visent à soustraire des biens à domicile par la menace et l’usage de la violence. Elles sont choquantes. Mais ce constat ne saurait justifier l’accaparement de ressources policières publiques, déjà insuffisantes, à des fins électoralistes. Les zones urbaines et suburbaines ont elles aussi des besoins légitimes qui ne peuvent être sacrifiés au profit des plus aisé-es du Canton comme certain-es le voudraient.

Céder à cette logique conduirait à instaurer une sécurité de classe : une protection renforcée pour quelques-un-es, derrière murs, caméras et vigiles, pendant que le reste de la population subit une diminution des prestations publiques. Ce serait une faute politique majeure. La sécurité ne doit jamais être un privilège ; elle est un droit fondamental, indépendamment du quartier, de l’origine ou du revenu. Elle ne peut pas non plus se construire au prix d’atteintes aux libertés (à cause d’un manque de ressources policières dont une partie serait accaparée par certain-es) : restriction du droit de manifester, extension de la reconnaissance faciale dans l’espace public, criminalisation de la pauvreté ou durcissement des frontières. Des mesures à l’efficacité douteuse et aux accents anti-démocratiques.

Il est enfin indispensable de confronter les récits à la réalité. Globalement, la criminalité à Genève est aujourd’hui légèrement inférieure à celle d’il y a quelques années. En revanche, de nouvelles pratiques criminelles et menaces émergent : home-jacking certes, mais aussi cyber-arnaques, faux banquiers ou faux policiers, escroqueries inédites diverses, qui affectent les personnes les plus vulnérables ou encore nos seniors. Il faut savoir aussi qu’en 2024, la police cantonale a procédé à environ 88 000 réquisitions, dont près de 6 % relevaient du social.

Par ailleurs, à Genève, une violence sur deux est domestique, dont 85 % des victimes sont des femmes.

Ces faits confirment un constat établi de longue date, notamment par les héritier-ières bourdieusien-nes pour qui « l’insécurité sociale est la cause majeure de l’insécurité civile ». En conséquence de quoi, toute attaque et recul de l’État social accroitra indubitablement, comme l’appelle le sociologue Loïc Wacquant, « l’extension de l’État pénal », qui ne résoudra jamais les causes profondes de la violence. La prévention sociale demeure le cœur d’une politique de sécurité réellement efficace, afin que personne n’ait à vivre dans la peur, quel que soit son statut — sans privilèges, pour toutes et tous.

Carole-Anne Kast
Conseillère d'Etat — Chargée du Département des institutions et du numérique (DIN)

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