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Quand les bonnes intentions mènent à de mauvaises solutions

Qui ne souhaiterait pas renforcer notre agriculture et améliorer notre sécurité alimentaire ? Ces objectifs sont légitimes et le Parti socialiste les défend depuis longtemps. Face aux crises climatiques et géopolitiques, renforcer notre souveraineté alimentaire est plus nécessaire que jamais.

Pourtant, l’initiative sur l’alimentation soumise au peuple aujourd’hui a été rejetée à l’unanimité par le Parlement. Oui, vous avez bien lu : zéro voix, zéro abstention, pas même au PS ou chez les Vert-es. Ce n’est pas parce que ses objectifs sont mauvais. C’est parce que les moyens proposés conduiraient à des conséquences que personne ne souhaite.

En politique, les intentions sont importantes. Mais les conséquences le sont davantage.

L’initiative est rédigée de manière extrêmement contraignante. Elle fixe notamment l’objectif d’atteindre un taux d’auto-approvisionnement d’au moins 70 % en moins de dix ans. Un objectif irréaliste si l’on veut préserver la liberté de choix des consommatrices et consommateurs. Les exigences imposées à l’agriculture suisse entraîneraient une baisse des rendements, fragiliseraient notre approvisionnement et feraient fortement augmenter le prix des aliments frais et régionaux. Les premiers à en subir les conséquences seraient les ménages modestes.

Les produits d’origine animale, comme la viande, les produits laitiers ou les œufs, deviendraient également plus rares et plus chers. Les ménages les plus aisés pourraient continuer à les acheter ou, en cas de pénurie, aller s’approvisionner à l’étranger. Les autres n’en auraient tout simplement pas les moyens. Au final, cette initiative pénaliserait nos agriculteurs et agricultrices, nos commerces et, surtout, les familles aux revenus modestes. Lorsque le prix de l’alimentation augmente, ce sont toujours elles qui voient leur pouvoir d’achat diminuer en premier. Une politique agricole durable ne peut pas se construire au détriment de la justice sociale.

Bien sûr, nous devons produire davantage en Suisse, réduire le gaspillage alimentaire et renforcer notre sécurité d’approvisionnement. Mais nous devons le faire avec des solutions efficaces, réalistes et socialement justes.

Les bonnes intentions ne suffisent pas lorsqu’elles conduisent à de mauvaises solutions. Cette initiative poursuit des objectifs que le PS partage, mais elle emprunte une voie qui mettrait en péril le pouvoir d’achat, notre approvisionnement et nos engagements internationaux. C’est pourquoi il faut la refuser.

Estelle Revaz
Conseillère nationale — Artiste, violoncelliste

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