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L’accès à la contraception, pas seulement pour les jeunes!

Jacklean Kalibala et Sophie Demaurex
Députées au Grand Conseil

L’initiative 198 demande de définir un cadre législatif permettant d’organiser la prise en charge, au niveau cantonal, de l’ensemble des frais liés à la contraception. Le Grand Conseil a rejeté l’initiative, préférant le principe d’un contre-projet. Ce contre-projet aurait pu être l’occasion de définir ce cadre législatif. Mais pour finir, après avoir essayé de réduire l’âge de la gratuité à moins de 25 ans, de réserver l’aide aux personnes les plus précaires et enfin de proposer uniquement des préservatifs masculins, la droite n’a pas su proposer d’alternative viable. L’initiative «Pour une contraception gratuite» passera donc seul devant le peuple.

Les auditions en commission ont permis de conforter les constats de l’initiative. L’accès à la contraception a des implications multiples au niveau social, économique et sanitaire. Il nous faut donc la défendre devant le peuple.

Pourquoi doit-on améliorer l’accès à la contraception? 
L’accès à la contraception est un élément clé dans l’émancipation des femmes, quel que soit leur niveau socio-économique. La contraception renforce leur pouvoir décisionnel et leur autonomie, aussi bien à titre personnel qu’au sein du ménage, leur permet de planifier plus efficacement leur carrière et leur développement professionnel ainsi que de concilier plus facilement vie privée et vie professionnelle.

En Suisse, la contraception n’est pas prise en charge par l’assurance maladie de base, malgré le fait qu’elle nécessite une consultation médicale et une ordonnance médicale.  Nous sommes les seuls parmi nos pays voisins, à ne pas offrir une prise en charge de la contraception. A Genève le renoncement aux soins pour des raisons financières augmente. Actuellement 26% de la population renonce aux soins, il y a donc de plus en plus de femmes qui seront contrainte de renoncer à la contraception la plus adaptée faute de moyens.

Le préservatif est un moyen de contraception bien moins efficace que la pilule et les contraceptifs à longue durée d’action. À titre d’exemple le risque de grossesse avec un préservatif est de 15% contre 8% pour la pilule et 0.8% pour un dispositif intra-utérin sans hormones. C’est le coût élevé des moyens les plus efficaces qui crée une inégalité d’accès liée à la capacité financière. Malheureusement, le poids de la contraception, que ce soit le coût ou la responsabilité, repose majoritairement sur les femmes. Cette initiative permettra de répartir le poids financier dans la société et rendre les hommes plus attentifs et contributeurs à la contraception.

A Genève, le taux d’interruptions de grossesse est le plus élevé de la Suisse (10,5/1000 femmes versus 6,9 en Suisse). Contrairement aux idées reçus de la droite, les difficultés de contraception ne concernent pas uniquement les jeunes.  En effet, la majorité des interruptions de grossesse sont entre 25 et 37 ans. Pendant, le COVID un fond spécial à été mise en place pour la contraception en Suisse. La majorité (68%) des demandes de financement de la contraception envoyées par les centres de santé sexuelle émanait de familles avec enfant.

Il n’y a donc pas de raison fondée de limiter l’accès aux moins de 25 ans, qui présentent moins d’interruptions de grossesse et moins d’infections sexuellement transmissibles.

Mais également, un enjeu économique majeur et collectif
Plus d’autonomie reproductive signifie plus de sécurité économique et une participation sociale renforcée: un véritable cercle vertueux. Rendre la contraception accessible, c’est aussi faire un choix économique intelligent. Toutes les études le montrent, lorsque les femmes peuvent planifier leurs grossesses, la société réalise des économies substantielles.

Chaque franc investi dans la planification familiale évite des coûts bien plus élevés : complications de grossesses non désirées, interruptions de formation, pertes de revenus. Les effets sont concrets : stabilité accrue dans l’emploi, moins d’absentéisme, continuité des parcours professionnels et éducatifs. Une contraception accessible renforce la présence des femmes sur le marché du travail, favorise leur progression salariale et soutient l’ensemble de l’économie.

Dans certains pays voisins, des entreprises intègrent déjà la santé reproductive dans leur stratégie RSE: financement de la contraception, soutien à la fertilité, politiques de congés menstruations ou ménopause.

À l’échelle collective, garantir l’accès à la contraception n’est pas une dépense. C’est un investissement social rentable, qui réduit les inégalités, stabilise le tissu économique et renforce la cohésion sociale. Ne pas agir, au contraire, coûte cher – humainement, socialement et financièrement.

Rendre la contraception accessible, c’est choisir une société qui protège, anticipe et offre à chacune et chacun les moyens de construire son avenir.

Thématiques associées: Santé

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