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Ne pas abandonner les femmes afghanes

Isabel Jan-Hess
Coprésidente du groupe LGBTIQ+ du PS genevois, Députée suppléante

Le Parti socialiste ne négocie pas ses valeurs humanitaires. Et certainement pas au prix des droits des femmes.

La résolution socialiste R 1092, intitulée « Pour le maintien inconditionnel de la protection des filles et des femmes afghanes », adoptée le 2 octobre par une large majorité du Grand Conseil genevois et soutenue par le Conseil d’État, est une réponse claire à la motion UDC 26.3668, votée le 17 septembre par le Conseil National, contre l’avis du Conseil fédéral.

Ce texte abject visait, en effet, à supprimer l’accueil automatique des femmes et filles afghanes mis en place en 2023 par le Secrétariat d’État aux Migrations (SEM), qui reconnaît que les persécutions qu’elles subissent ne peuvent être dissociées du fait qu’elles sont des femmes.

Notre résolution demande à la Confédération de renoncer au durcissement envisagé et de maintenir une protection effective.

Derrière cette résolution, il y a une question de principe : que vaut notre engagement en faveur des droits humains si, lorsque ces droits sont piétinés, nous refusons protection à celles qui fuient ? 

Naître fille en Afghanistan sous le régime des talibans, c’est naître dans un système de discrimination institutionnalisée, visant à effacer les femmes de la société. Depuis 2021, leurs droits fondamentaux sont méthodiquement réduits : accès à l’éducation, à l’emploi, aux soins, à la justice, à l’espace public et liberté de mouvement. Les filles sont exclues du système scolaire. Les femmes sont progressivement bannies de la vie publique et économique, prisonnières dans leur propre pays.

Cette oppression commence dès l’enfance. En juin 2026, Amnesty International dénonçait un nouveau décret, institutionnalisant et normalisant le mariage des enfants, en renforçant le pouvoir des hommes de la famille sur les mariages des mineures. Ce n’est pas une succession de mesures isolées. C’est un système qui enferme, invisibilise, prive les femmes d’autonomie, les rendant dépendantes et vulnérables aux violences.

Pour le Parti socialiste, les Droits humains ne sont pas une variable d’ajustement. Nous ne négocions pas avec l’égalité, avec la dignité, avec la protection des personnes persécutées. Protéger les femmes afghanes n’est pas leur accorder un privilège : c’est reconnaître une persécution structurelle et leur offrir un refuge, lorsqu’elles fuient un système qui leur refuse jusqu’à leurs droits les plus élémentaires. 

Dépositaire des Conventions de Genève, la Suisse a également une responsabilité particulière en tant que pilier du droit international humanitaire. Genève est aussi le berceau de la Croix-Rouge et notre pays a, depuis des siècles, une tradition d’accueil des personnes persécutées.

Alors, face à l’effacement organisé des femmes afghanes, nous devons choisir la cohérence. Celle d’une Suisse qui ne se contente pas de défendre les Droits humains dans ses discours, mais qui les protège lorsqu’ils sont menacés.

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