Une fois de plus, les comptes de l’État de Genève sont meilleurs qu’anticipés. Alors que le budget 2025 tablait sur un déficit de 255,7 millions de francs, les comptes présentés ce jour affichent un excédent avant affectation de 50 millions. Après des excédents records enregistrés en 2023 et 2024, suivis de baisses d’impôts massives accordées aux plus riches, le PS genevois réaffirme donc son opposition catégorique aux coupes dans les prestations et services publics, dont la population a plus que jamais besoin.
AA+ pour les finances du canton…
Le discours alarmiste de la droite pour justifier des coupes et plans d’économies prétendument inéluctables est à nouveau démenti par la réalité financière. Comme le démontre l’examen annuel des comptes, Genève dispose de marges financières réelles, même si celles-ci ont été considérablement réduites par les deux baisses d’impôts successives votées en 2023 et 2024 et entrées en vigueur l’année dernière. Pour rappel, le manque à gagner pour l’État de ces cadeaux fiscaux aux plus riches était estimé à près d’un demi-milliard.
Sans ces amputations volontaires, l’État disposerait aujourd’hui de moyens très largement suffisants pour renforcer les prestations à la population, investir dans les services publics et accélérer la transition écologique – autant de mesures urgentes dans la conjoncture actuelle.
Car à l’inverse des comptes, les voyants de la réalité sociale, eux, sont tous au rouge, comme en témoigne la hausse constante des dépenses sociales contraintes.
… CCC- pour la réalité sociale
Alors que la pénurie de logements s’aggrave, les loyers poursuivent leur envolée sous l’effet de manœuvres spéculatives toujours plus agressives, les bailleurs n’hésitant plus à saisir le moindre prétexte pour mettre dehors les locataires les moins fortuné-es. Aujourd’hui à Genève, terre de locataires s’il en est, 62% des ménages n’ont plus les moyens de se payer un 3,5 pièces. Pourtant, depuis quelques mois, les résiliations pleuvent par centaines.
Du côté des primes d’assurance-maladie, celles-ci continuent d’augmenter nettement plus vite que les salaires (+25% environ entre 2022 et 2026), grevant lourdement le budget des familles malgré les subsides. Là-encore, les inquiétudes sont maximales puisque les seules réponses articulées jusque-là par la majorité politique consistent en une baisse, directe ou indirecte, de prestations (baisse des subsides et fin de l’indexation sur la prime moyenne à Genève, augmentation de la franchise minimale et surtaxe sur les urgences au niveau fédéral).
Quant à l’aide sociale, dernier maillon du dispositif de soutien et de solidarité, le nombre de bénéficiaires explose et la même majorité aux commandes vient d’acter une baisse de près de 20% du forfait d’intégration. Le PS ne se fait pas d’illusion sur les mesures à venir, qui ne manqueront certainement pas de réduire encore davantage les moyens d’une population ne disposant, rappelons-le, de rien de plus que le «minimum vital».
Finalement, sur le front de l’emploi, les travailleur-euses sont de plus en plus précarisé-es. D’une part, le chômage guette et son augmentation (+5,3% en février) renforce encore un peu plus la position du patronat dans les négociations, d’autre part les attaques contre le salaire minimum se multiplient, à Genève comme à Berne. Or, sauf à abandonner les travailleur-euses pauvres à leur sort, ce que les employeurs ne paient pas, c’est l’État qui doit le financer.
Un changement de cap s’impose !
Dans ce contexte, le PS genevois constate avec inquiétude que le Conseil d’État n’entend pas remettre en cause son plan d’économies. Malgré des comptes 2025 meilleurs que prévu, les mesures d’austérité déjà votées ou annoncées restent à l’agenda, et un rapport d’expert est attendu pour le mois de juin afin de proposer de nouvelles pistes d’économies structurelles. Cette obstination est incompréhensible et inacceptable.
Les Socialistes n’accepteront pas que l’on fasse payer aux plus pauvres les conséquences des choix fiscaux des partis bourgeois. Ils et elles n’accepteront pas que l’on réduise les moyens de l’école publique, de la santé, de l’action sociale ou de la transition écologique alors même que les comptes démontrent, année après année, la solidité financière du canton et que les plus riches, eux, se paient le luxe de revoir à la baisse leurs contributions à la collectivité.
Le projet de budget 2026 bis que le Conseil d’État doit présenter lundi ne peut pas ignorer la réalité des comptes 2025. Il doit intégrer ces résultats, reconnaître les marges existantes et renoncer à une logique d’austérité injustifiée et injustifiable. Genève a, cette année encore, les moyens d’agir. Et comme toujours, la question n’est pas financière, mais bien politique.
Pour plus d’informations :
- Grégoire Carasso, député socialiste et commissaire aux finances
- Matthieu Jotterand, chef du groupe socialiste au Grand Conseil
- Thomas Wenger, président du PS genevois et commissaire aux finances