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Stratégie pénitentiaire : pas de privation de liberté à la légère !

Depuis des années, Genève connaît une situation critique de surpopulation carcérale. À Champ-Dollon, le taux d’occupation est actuellement de 133 %. Il en résulte des conditions de détention extrêmement dures, qui bafouent les droits des personnes détenues et imposent des conditions de travail délétères voire dangereuses au personnel de la prison.

Pour corriger cette situation, qui a été dénoncée à de nombreuses reprises par les associations et organisations de défense des droits humains, la réponse de la droite est simpliste : il faudrait impérativement augmenter le nombre de places et lieux de détention.

C’est ainsi qu’en 2018, le Conseiller d’État MCG Mauro Poggia avait soumis au vote du Grand Conseil son projet de construction d’une nouvelle méga-prison : « Les Dardelles ». Les député-es, et le groupe socialiste le premier, avaient heureusement refusé ce projet surdimensionné, qui reflétait bien la fuite en avant d’un canton qui enferme trop et toujours plus.

Désavoué, M. Poggia a alors remis l’ouvrage sur le métier et c’est cette fois sur une « stratégie pénitentiaire » globale que le Grand Conseil était appelé à se prononcer. Lors de la dernière session de la législature, une majorité composée de l’UDC, du PLR, du PDC et du MCG a approuvé cette loi-cadre, qui laisse pourtant de nombreuses zones d’ombre et ne s’affranchit pas de la vision du « tout-carcéral » qui prévaut à Genève.

Pourtant, multiplier les prisons n’est pas la solution. Enfermer à tours de bras comme nous le faisons (Genève est notamment le champion de la détention provisoire) coûte cher à la collectivité, en plus de briser des vies – celles des détenu-es et de leurs proches.

De nombreuses personnes en prison n’ont rien à y faire. Il suffit de penser à celles que l’on enferme pour amendes impayées ou délit de mendicité ; que peut-on bien attendre de la détention dans de tels cas ? Répondre à la précarité sociale par la répression est aussi choquant qu’absurde. De même, l’application zélée d’une politique migratoire toujours plus restrictive stigmatise des populations, fragilise des existences et « bourre » inutilement nos prisons.

Lors du débat en plénière, le groupe socialiste a ainsi questionné les 336 places de détention supplémentaires annoncées, dont 50 pour les femmes et 20 pour la détention administrative. Sans remettre en cause la rénovation des infrastructures actuelles, qui s’impose absolument, les Socialistes ont exprimé leur refus que cela serve de prétexte à l’augmentation des capacités d’enfermement. Ils et elles ont appelé au contraire à infléchir la pratique actuelle et à développer les peines alternatives à la privation de liberté, comme les travaux d’intérêt général (TIG) ou les bracelets électroniques.

En bref : rénover, reconstruire, adapter la prise en charge et faire bouger les lignes sur le type de lieux, la formation et la réinsertion professionnelle en prison : OUI ! Mais augmenter aveuglément la capacité de détention : NON. Il est important de remettre au centre la réflexion politique sur le rôle de la détention. A cet égard, la ligne des Socialistes est claire : la stratégie pénitentiaire doit intégrer pleinement le respect des droits fondamentaux et l’objectif de réinsertion, au sein de centres à taille humaine.

Au vu du vote de cette loi-cadre, le PS restera particulièrement attentif à l’évolution de la situation pénitentiaire et continuera d’examiner de manière très critique les crédits futurs visant la construction de nouvelles prisons. Priver quelqu’un de liberté est très grave et très coûteux et ne doit pas être facilité par une complaisance politique systémique.

Camille Reynolds
Assistante parlementaire

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