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PAB27 : Un paquet d’économies injustifié et dangereux

Le Conseil fédéral persiste dans son obsession austéritaire en présentant au Parlement un paquet de démantèlement budgétaire (PAB27) aussi injuste qu’inutile. Injuste, car il s’en prend aux plus vulnérables  : retraité-es, victimes de violence, habitant-es du Sud global. Inutile, car la Confédération ne traverse aucune crise financière : ses comptes sont équilibrés depuis plusieurs années. Ce programme est aussi dangereux, car il remet en cause des lois fraîchement adoptées. Le Message sur la formation, la recherche et l’innovation (FRI), par exemple, fixait une stratégie sur quatre ans avec des moyens longuement débattus puis votés. À peine validé, ce Message est déjà amputé. Ce type de revirement fragilise les secteurs concernés et sape la confiance dans nos institutions.

Parmi les propositions les plus cyniques du PAB27 figure le plafonnement des subventions fédérales à 50  %. Ce seuil permettrait à la Confédération de se retirer d’un projet, ou de refuser d’y participer, si les cantons et les communes en financent déjà la moitié. En d’autres termes, plus les collectivités locales s’engagent, plus la Confédération pourrait s’en laver les mains. Ce mécanisme inverse totalement la logique de cofinancement : au lieu d’encourager les efforts locaux, il les pénalise. Il ouvre la voie à un désengagement fédéral massif dans des domaines cruciaux comme la culture, la santé, la formation ou encore les transports publics. Il s’agit d’une attaque frontale contre le principe même de solidarité nationale. Heureusement, cette aberration a été supprimée en première lecture par le Conseil des États.

Le Conseil des États a aussi atténué plusieurs coupes dans des domaines essentiels (climat, formation, migration, agriculture, transports, médias) et rejeté l’augmentation de l’imposition des retraits en capital des 2e et 3e piliers. Des reculs bienvenus même si de nombreuses mesures restent préoccupantes. Le Conseil national reprendra les débats début 2026 et le projet devra être finalisé au printemps. La tâche sera rude pour limiter encore les coupes. Un référendum reste possible.

Au-delà de ce projet, un problème structurel subsiste : le frein à l’endettement. Tant que la majorité bourgeoise s’opposera à un assouplissement du mécanisme, la Confédération sera contrainte d’imposer des coupes (même en période de stabilité financière) dans les dépenses dites «  non liées  » : culture, coopération, environnement, égalité, formation… soit tout ce qui construit l’avenir.

Ce paquet d’économies ne repose sur aucun fondement économique. Il incarne une politique dogmatique, taillée pour les clientèles de droite, au mépris de l’intérêt collectif. Plutôt que de sabrer à l’aveugle, il faut maintenant agir sur les recettes et réformer enfin le frein à l’endettement. On ne construit pas un avenir sur des ruines, mais sur une vision partagée et des valeurs fortes.

Estelle Revaz
Conseillère nationale — Artiste, violoncelliste

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