L’initiative « Oui à une monnaie libre et indépendante » demande d’inscrire dans la Constitution fédérale les obligations suivantes :
→ Une garantie de l’approvisionnement en espèces (billets et monnaie) dans une quantité suffisante.
→ Tout remplacement du franc suisse par une autre monnaie serait soumis au vote populaire.
→ L’initiative insiste sur la nature physique de l’argent face à une éventuelle monnaie numérique.
Les questions soulevées par cette initiative sont pertinentes, dans la mesure où il est essentiel de préserver la possibilité de payer par différents moyens. Cela permet d’éviter la discrimination d’une partie de la population qui n’a pas les moyens ou ne souhaite pas recourir aux paiements numériques. Par ailleurs, les paiements électroniques renforcent la traçabilité des consommateur-trices, exposé-es à des publicités ciblées non désirées et incité-es à des achats souvent superflus. À l’inverse, l’argent liquide protège mieux la sphère privée et permet de se passer d’applications de paiement.
Les espèces présentent également l’avantage de faciliter la gestion de son budget, la monnaie numérique pouvant donner l’illusion de ressources illimitées. S’y ajoutent les risques liés aux pannes électriques ou aux défaillances techniques, qui rappellent l’importance d’un moyen de paiement indépendant des infrastructures numériques.
Il convient toutefois de relever que, même si 95 % de la population suisse se déclare attachée à l’argent liquide, seules 30 % des transactions ont été effectuées en espèces en 2024, selon un sondage de la Banque nationale suisse. Les différents moyens de paiement sont donc complémentaires.
Le groupe socialiste aux Chambres fédérales, à l’instar de la grande majorité du Parlement, a rejeté l’initiative, tout en soutenant le contre-projet direct du Conseil fédéral. Celui-ci propose une formulation plus précise et plus concise, tout en confirmant que l’argent liquide restera disponible à l’avenir.
En résumé, cette initiative a le mérite de rappeler l’importance de l’argent liquide et de questionner la place croissante des grandes plateformes numériques dans notre vie quotidienne. Mais elle enfonce des portes ouvertes, car tout changement en la matière nécessiterait un vote populaire.
Détail piquant : les promoteurs de l’initiative sont issus du Mouvement suisse pour la liberté, un groupe qui s’est fait connaître par son opposition au port du masque et à la vaccination durant la pandémie de Covid-19.
Je recommande donc d’accepter le contre-projet et de refuser l’initiative.