Alors que, heureusement, nous répondons sans hésiter oui à cette question ici purement rhétorique, une frange réactionnaire du parlement a apporté, lors de longs travaux à la commission des droits humains du Grand Conseil, une réponse bien différente. Heureusement, une majorité, partiellement de circonstance, a réussi à rejeter cette attaque des milieux réactionnaires. Malgré la séduction par l’UDC de la frange conservatrice du PLR, la raison l’a emporté grâce à une motion déposée par un député médecin du même parti.
Considérant l’incongruence de genre (discordance entre l’identité de genre et le sexe assigné à la naissance) comme, au mieux, une passade, l’UDC proposait d’interdire tous les soins d’affirmation de genre aux personnes mineures. Alors que la chirurgie génitale n’est pas pratiquée (en tout cas en Suisse) sur les personnes mineures, l’amalgame était réalisé à dessein afin de masquer le fait que l’interdiction comprenait surtout les bloqueurs de puberté, voire les hormones. Ces bloqueurs, temporaires, ne sont certes pas anodins mais ils sont réversibles et utilisés depuis des décennies pour des pubertés précoces sur des personnes cisgenres, sans que cela ne fasse polémique.
Ces bloqueurs évitent à la voix de muer (un phénomène irréversible) ou à la poitrine de se développer (ce qui requerrait ensuite une chirurgie lourde) pendant le nécessaire accompagnement pluridisciplinaire qui confirmera (ou non) ultérieurement le diagnostic d’incongruence de genre.
Plusieurs motions se sont ajoutées au projet de loi, visant à interdire seulement temporairement ou de manière un peu moins restrictive ces soins d’affirmation de genre. Dans tous les cas, le principe fondamental de l’auto-détermination des personnes concernées était remis en cause.
Les travaux en commission ont démontré que les restrictions, voire l’interdiction, des pratiques sur cette thématique contrevenaient au droit supérieur et aux règles de l’art de la médecine. Comme pour tout dans le domaine médical, il ne s’agit pas d’une science exacte où, une fois les recherches terminées, on saurait tout. Tout traitement est une balance entre bénéfices et risques pour la patientèle et ce n’est certainement pas le politique qui saura mieux évaluer les avantages et les inconvénients que la médecine.
La motion qui fut, elle, largement acceptée après son traitement à la commission de la santé prévoit de demander l’inclusion des soins d’affirmation de genre dans la médecine hautement spécialisée de manière à renforcer la qualité des soins.
Alors que les travaux en commission, qui ont duré deux ans et demi, laissaient craindre le pire, nous avons pu constater avec soulagement qu’il vaut encore la peine de lutter sans relâche et de travailler à chercher des solutions pour contenir et, idéalement, empêcher le « backlash » réactionnaire qui touche le monde ces dernières années. On lâche rien, camarades!
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