La majorité de droite du Grand Conseil accepte un projet de loi PLR imposant une limitation de vitesse minimale de 50 km/h sur les axes structurants, entravant ainsi lourdement l’introduction du 30 km/h, là où il serait pourtant indispensable pour lutter contre le bruit, protéger l’environnement et renforcer la sécurité. Un texte non seulement rétrograde et néfaste pour la santé publique, mais aussi contraire à l’esprit du droit supérieur. La gauche annonce un référendum.
Par 65 OUI contre 33 NON, la majorité de droite du Grand Conseil a accepté un projet de loi PLR imposant une limitation de vitesse minimale de 50 km/h sur les axes dits «structurants» de la zone urbaine II. Ce texte est une réaction directe aux démarches engagées ces dernières années pour introduire une limitation à 30 km/h sur certains tronçons. Plutôt que d’accompagner ces mesures permettant de réduire les nuisances sonores et d’améliorer la sécurité, la droite campe sur ses positions d’arrière-garde et ancre dans la loi un principe rigide, limitant drastiquement la possibilité d’introduire le 30 km/h là où il serait nécessaire.
On sait pourtant que la réduction à 30 km/h est une mesure simple, efficace et sans coût contre un grave problème de santé publique: le bruit routier. En Suisse, il cause environ 500 décès prématurés par an. A Genève, 120’000 personnes en souffrent quotidiennement. Troubles du sommeil, maladies cardiovasculaires, baisse de concentration: les effets sont connus.
Face à ces enjeux, opposer quelques minutes de trajet supplémentaires en voiture témoigne d’un attachement à un modèle de mobilité dépassé et d’une hiérarchie des priorités assumée: la vitesse plutôt que la santé.
Les avantages du 30 km/h sont pourtant multiples :
- Réduction du bruit – une diminution significative des nuisances sonores, alors que les valeurs limites fixées par l’ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit (OPB) sont déjà dépassées sur de nombreux axes à Genève;
- Sécurité – au moins un tiers des accidents graves pourraient être évités avec une limitation à 30 km/h. En cas de collision avec un-e piéton-ne, le risque de décès est six fois plus élevé à 50 km/h qu’à 30 km/h;
- Réduction de la pollution – le 30 km/h diminue la consommation de carburant ainsi que les rejets de CO₂ et de particules fines, contribuant à une meilleure qualité de l’air.
Les défenseur-euses du texte invoquent la «fluidité du trafic» et affirment que le 30 km/h pénaliserait transports publics et véhicules d’urgence. Ces arguments ne résistent pas aux faits: les secours ne sont pas limités en cas d’intervention et l’impact sur les transports publics se mesure en secondes, parfois en quelques minutes sur l’ensemble d’une ligne. Quant au prétendu report massif vers les quartiers résidentiels, il relève de la fiction: il serait illogique d’emprunter des itinéraires moins directs, sinueux, et limités précisément à 30 km/h.
En plus d’être anachronique et néfaste en termes de santé publique, cette loi est aussi contraire à l’esprit du droit supérieur. Celui-ci permet d’adapter les limitations de vitesse lorsque la sécurité, la protection contre le bruit ou la pollution l’exigent. La loi cantonale relègue désormais ces adaptations au rang d’exception. En érigeant le 50 km/h en principe général, elle renvoie à la justice ce qui devrait relever d’une volonté politique cohérente.
La droite refuse de voir l’éléphant au milieu de la pièce et s’acharne sur des boucs émissaires: quand ce ne sont pas les pistes cyclables ou la suppression des places de parking, c’est la limitation à 30 km/h qui est responsable de la congestion du centre-ville. Alors que les principales causes des bouchons sont bien… les voitures elles-mêmes! Dans un canton dont la population continue de croître, la solution réside dans le développement de l’offre de transports en commun et de la mobilité douce. Permettre de rouler à 50 km/h – «au moins»! – ne fluidifiera pas le trafic, au contraire, et ne fera qu’aggraver les nuisances.
L’ATE et actif-trafiC ont d’ores et déjà annoncé un référendum, que les Vert-e-s et le PS mèneront à leurs côtés. La santé publique ne se brade pas pour quelques km/h de plus. La population aura l’occasion de corriger cette décision et de choisir une mobilité plus responsable.
Pour plus d’informations :
- Cyril Mizrahi, député socialiste et commissaire aux transports
- Matthieu Jotterand, commissaire aux transports et chef du groupe socialiste au Grand Conseil
- Thomas Wenger, président du PS genevois